Thomas Pesquet : parcours et missions spatiales
Publié le 23 octobre 2026, par la rédaction
Sur plus de 22 000 candidatures reçues par l'Agence spatiale européenne en 2008, six ont été retenues. Thomas Pesquet était l'une d'elles, et cette proportion dit mieux que n'importe quel portrait ce que représente le métier : une sélection où l'excellence technique ne suffit pas, et où se joue autant la capacité à vivre six mois enfermé avec cinq personnes. Le reste de la trajectoire, deux missions et un commandement de l'ISS, découle de cette porte-là.
Au sommaire
Jeunesse et formation
Thomas Pesquet est né le 27 février 1978 à Rouen, en Normandie. Fils d'un médecin et d'une institutrice, il grandit dans un environnement familial ouvert sur la curiosité intellectuelle. Passionné de sciences dès l'enfance, il intègre les classes préparatoires scientifiques (MPSI puis MP) avant de réussir le concours de l'École nationale supérieure de l'aéronautique et de l'espace (Supaéro) à Toulouse, l'une des meilleures écoles d'ingénieurs aéronautiques françaises. Il obtient son diplôme d'ingénieur en 2001 et complète sa formation par un master en économie à l'université de Toulouse.
Parallèlement à ses études, Thomas Pesquet se forme au pilotage. Il obtient sa licence de pilote professionnel et accumule plus de 2 500 heures de vol sur différents types d'avions. De 2004 à 2009, il travaille comme ingénieur à la Direction générale de l'Aviation civile (DGAC) et comme instructeur de vol. Polyglotte (il parle couramment le français, l'anglais, le russe et l'allemand), il prépare une candidature à l'Agence spatiale européenne (ESA) qu'il dépose en 2008.
Thomas Pesquet en chiffres
Né le 27/02/1978 à Rouen. Ingénieur Supaéro, pilote professionnel. Sélectionné par l'ESA en 2009 (1 parmi 6 sur 8 413 candidats). Mission Proxima : 196 jours dans l'espace (novembre 2016 - juin 2017). Mission Alpha : 199 jours dans l'espace (avril - novembre 2021), dont commandant de l'ISS. Total : 396 jours passés dans l'espace, soit plus d'un an cumulé hors de la Terre. 6 sorties extravéhiculaires (EVA) réalisées pour un total de plus de 39 heures dans le vide spatial.
Une sélection sur plus de 22 000 candidatures
En 2008, l'Agence spatiale européenne ouvre une campagne de recrutement d'astronautes, la première depuis 2000. La sélection est l'une des plus sévères au monde : sur 8 413 candidats européens, seuls 6 sont retenus. Thomas Pesquet est sélectionné en mai 2009, aux côtés de cinq autres astronautes dont l'Allemand Alexander Gerst et le Britannique Timothy Peake. La sélection repose sur des tests médicaux drastiques (vision, équilibre, cardiovasculaire), des épreuves psychologiques (résistance au stress, travail en équipe en milieu isolé), des entretiens et des tests intellectuels. Pesquet a 31 ans au moment de sa sélection.
Suit alors une formation de base de 18 mois au Centre européen des astronautes de Cologne (Allemagne), complétée par des modules de formation spécialisée à la NASA (Houston, Texas), à l'agence spatiale russe (Cité des Étoiles, Moscou) et au Centre japonais de recherche et développement de Star City. Cette formation inclut des simulations de vie en microgravité, de la plongée sous-marine pour simuler les sorties extravéhiculaires, la conduite du Soyouz (capsule russe) en situation d'urgence, la gestion des systèmes de l'ISS, et une formation médicale d'urgence permettant à l'astronaute d'effectuer des actes médicaux simples en orbite.
Mission Proxima, 2016-2017
La première mission spatiale de Thomas Pesquet, baptisée "Proxima" en référence à l'étoile la plus proche du Soleil (après le Soleil lui-même), débute le 17 novembre 2016 à bord d'un vaisseau Soyouz MS-03 depuis le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Il embarque avec le cosmonaute russe Oleg Novitsky et l'Américaine Peggy Whitson. La mission dure 196 jours, jusqu'au 2 juin 2017.
Pendant Proxima, Pesquet réalise deux sorties extravéhiculaires (EVA) : la première le 13 janvier 2017 (6h34 de travail dans le vide) pour effectuer des opérations d'entretien sur la structure externe de l'ISS ; la seconde le 24 mars 2017 (6h22) pour remplacer des équipements extérieurs. À bord, il participe à une centaine d'expériences scientifiques dans des domaines variés : biologie, physique des fluides, médecine spatiale (effets de la microgravité sur le corps humain). La mission Proxima a aussi été l'occasion pour Pesquet de développer sa présence sur les réseaux sociaux en partageant des photographies de la Terre prises depuis le cupola (la verrière panoramique de l'ISS), des clichés qui font le tour du monde et lui valent une reconnaissance publique bien au-delà des cercles scientifiques.
Mission Alpha, 2021, et le commandement de l'ISS
La deuxième mission de Thomas Pesquet, nommée "Alpha" en référence à l'étoile Proxima Centauri Alpha, marque un tournant dans sa carrière : c'est la première mission européenne à bord d'une capsule SpaceX Crew Dragon. Il décolle le 23 avril 2021 depuis Kennedy Space Center (Floride, États-Unis) à bord de Crew Dragon Endeavour, avec trois astronautes (Shane Kimbrough et Megan McArthur pour la NASA, Akihiko Hoshide pour la JAXA japonaise). La mission Alpha dure 199 jours jusqu'au 8 novembre 2021.
L'événement majeur de la mission Alpha est la prise de commandement de l'ISS par Thomas Pesquet le 5 mai 2021, une première pour un Européen avec une capsule commerciale. Il devient le 12e commandant de l'ISS et le 4e Français à avoir voyagé dans l'espace. Durant Alpha, il réalise 4 sorties extravéhiculaires, dont deux pour installer les nouveaux panneaux solaires iROSA (International Space Station Roll-Out Solar Arrays) qui augmentent la production d'énergie de la station. Ces EVA, totalisant plus de 26 heures hors de l'ISS, représentent un travail physique et technique de haute intensité.
Ses photographies depuis l'espace
Thomas Pesquet est aussi connu pour la qualité exceptionnelle de ses photographies prises depuis l'ISS. Utilisateur d'appareils photo Nikon D4 et Nikon D5 (mis à disposition par Nikon pour la NASA et l'ESA), il a publié des milliers de clichés de la Terre, des aurores boréales, des tempêtes et des paysages nocturnes illuminés par les villes. Ses images du désert du Sahara, des Alpes vues du dessus ou des aurores australes ont été partagées des millions de fois. Plusieurs de ces photographies ont été exposées dans des galeries d'art en France. Un livre "L'Infini et au-delà" compilant ses plus belles images a été publié à son retour de la mission Proxima.
Records et réalisations
Thomas Pesquet est le Français qui a passé le plus de temps dans l'espace, avec 396 jours cumulés sur ses deux missions. Il dépasse ainsi Jean-Pierre Haigneré (209 jours) et Patrick Baudry (7 jours). Il est également le premier Français à avoir commandé la Station Spatiale Internationale. Sur les 6 sorties extravéhiculaires réalisées, plus de 39 heures de travail dans le vide de l'espace, une expérience physique et mentale extrême, réalisée en combinaison spatiale (EMU) à -150°C dans l'ombre et +120°C au soleil, avec pour seule sécurité un câble de sécurité et les propulseurs de la combinaison.
Au-delà de ses réalisations techniques, Pesquet a contribué à une centaine d'expériences scientifiques en orbite : études sur la dégradation des muscles et des os en apesanteur (particulièrement utile pour concevoir des contre-mesures pour les futurs voyages vers Mars), expériences de physique des fluides impossibles à conduire sous l'effet de la gravité terrestre, et observations météorologiques et géologiques depuis l'espace. Il a aussi cultivé des plantes à bord de l'ISS, une contribution à la recherche sur l'agriculture en microgravité, indispensable pour les missions de longue durée vers la Lune ou Mars.
Après l'ISS
De retour sur Terre en novembre 2021, Thomas Pesquet a repris ses activités à l'ESA et est devenu l'un des ambassadeurs les plus actifs de la science et de l'exploration spatiale en Europe. Il intervient régulièrement dans des conférences, des établissements scolaires (la vulgarisation scientifique est une cause qui lui tient à coeur) et des événements culturels. Il est également impliqué dans la préparation des futures missions de l'ESA, notamment les programmes Artemis (retour des humains sur la Lune, en partenariat avec la NASA) et Luna.
Thomas Pesquet n'a pas annoncé de troisième mission spatiale à ce jour. Mais dans le contexte de l'intensification des programmes spatiaux avec Artemis, la Gateway (station lunaire) et les projets martiens de SpaceX et de la NASA, un astronaute de son expérience et de sa notoriété reste un atout précieux pour l'ESA. Sa mission Alpha s'était d'ailleurs déroulée à bord d'un Crew Dragon de SpaceX, une collaboration qui symbolise le nouveau partenariat entre agences gouvernementales et secteur spatial privé.
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Thomas Pesquet a-t-il connu des problèmes de santé après ses missions ?
La vie en apesanteur pendant 6 mois provoque des effets physiologiques importants sur le corps humain : perte de masse musculaire (jusqu'à 20 % sans contre-mesures), décalcification osseuse, modifications cardiovasculaires (le coeur se "ramollit" en l'absence de lutte contre la gravité), et problèmes de vision (la pression intracrânienne augmente en microgravité, ce qui peut déformer le globe oculaire). Pesquet, comme tous les astronautes de longue durée, a suivi un programme intensif de rééducation à son retour. Il s'est entraîné quotidiennement à bord de l'ISS (2h d'exercice par jour sont obligatoires) pour limiter ces effets. Il a déclaré publiquement que la récupération physique avait pris plusieurs semaines, notamment pour réapprendre à marcher sans l'aide de l'apesanteur.
Qui sont les autres astronautes français ?
La France a envoyé 10 astronautes dans l'espace depuis le programme Hermes (1985). Les plus connus : Patrick Baudry (1985, mission STS-51-G à bord de la navette Discovery), Jean-Loup Chrétien (1982, le premier Français dans l'espace, à bord de la station Saliout 7), Jean-Pierre Haigneré (3 vols, 209 jours cumulés), Claudie Haigneré (sa femme, première Française à avoir séjourné sur la station Mir en 1996 et sur l'ISS en 2001). Depuis la sélection ESA 2009, Thomas Pesquet est le seul Français de la cohorte. Sophie Adenot a été sélectionnée par l'ESA en 2022 et est en cours de formation : elle pourrait devenir la deuxième Française à séjourner sur l'ISS.
Thomas Pesquet incarne une vision de l'exploration spatiale à la fois scientifique, poétique et humaniste. En partageant son aventure avec le grand public via les réseaux sociaux, en cultivant des plantes dans l'espace ou en jouant de la trompette à bord de l'ISS, il a su donner un visage humain à la conquête spatiale et inspirer une nouvelle génération de scientifiques, d'ingénieurs et de rêveurs.