ARE 2025 : comment se calcule votre allocation
Publié le 14 septembre 2026, par la rédaction
Depuis 2021, votre allocation ne se calcule plus sur ce que vous avez gagné en travaillant, mais sur ce que vous avez gagné rapporté à tous les jours du calendrier, travaillés ou non. Douze mois d'emploi sur les vingt-quatre derniers ne donnent donc pas la moitié d'une allocation pleine : ils donnent beaucoup moins, au point de faire tomber le calcul sous le plancher de 31,59 euros par jour. C'est le seul mécanisme à comprendre pour ne pas découvrir le montant notifié avec stupeur.
Au sommaire
Les conditions pour toucher l'ARE
Pour bénéficier de l'ARE en 2025, vous devez : avoir perdu involontairement votre emploi (licenciement, rupture conventionnelle, fin de CDD, rupture à l'initiative de l'employeur dans le cas d'une période d'essai) ; avoir travaillé au moins 6 mois (soit 130 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois (36 mois pour les salariés de plus de 53 ans) ; résider en France ; être inscrit comme demandeur d'emploi et effectuer des actes positifs de recherche d'emploi ; ne pas être en âge de partir en retraite à taux plein.
La démission n'ouvre généralement pas droit à l'ARE, avec quelques exceptions. Depuis 2019, la démission pour "projet de reconversion professionnelle" (avec un projet de création d'entreprise ou de formation validé par une commission) peut ouvrir droit à l'ARE. Depuis janvier 2024, les démissionnaires ayant effectué moins de 5 ans d'ancienneté dans leur dernier poste mais ayant au moins 5 ans de travail sur les 8 dernières années peuvent aussi bénéficier de droits limités sous certaines conditions. Ces exceptions restent encadrées.
L'affiliation minimale de 6 mois
La condition d'affiliation de 130 jours (6 mois environ) de travail sur 24 mois est vérifiée par France Travail à partir des données de l'employeur. Les périodes de maladie, maternité, ou accident du travail comptent comme des jours travaillés pour ce calcul. Les contrats courts (CDD d'un mois, missions d'intérim) cumulent leurs durées : plusieurs CDD successifs chez des employeurs différents peuvent ensemble dépasser les 130 jours minimum requis.
Le SJR, divisé par les jours calendaires depuis 2021
Le Salaire Journalier de Référence (SJR) est la base du calcul de votre allocation. Depuis la réforme de 2021, le SJR est calculé en divisant les rémunérations brutes perçues au cours d'une période de référence par le nombre de jours calendaires de cette période (et non plus par les seuls jours travaillés, comme avant). Cette modification, maintenue depuis, défavorise les personnes qui ont alterné périodes d'emploi et périodes sans emploi dans les 24 mois précédant la demande.
Concrètement : si vous avez travaillé 12 mois sur les 24 derniers mois et gagné 24 000 euros brut pendant ces 12 mois de travail, votre SJR n'est pas 24 000 / 365 jours de travail = 65,75 euros, mais 24 000 / (730 jours calendaires de la période de 24 mois) = 32,88 euros. Cela réduit l'allocation de moitié par rapport à l'ancien calcul. Seules les périodes de chômage indemnisé entre deux emplois sur les 24 mois sont exclues du dénominateur.
Deux formules, un plancher et un plafond
Une fois le SJR calculé, l'allocation journalière (AJ) est le montant maximal entre deux formules, avec application d'un plancher et d'un plafond. Les deux formules sont : 40,4 % du SJR + 12,47 euros par jour (au 1er juillet 2025), et 57 % du SJR. Le résultat le plus avantageux est retenu. L'allocation est ensuite plafonnée à 75 % du SJR (on ne peut pas toucher plus de 75 % de son salaire journalier de référence). Elle est également soumise à un plancher de 31,59 euros par jour (montant au 1er juillet 2025, revalorisé chaque semestre).
Illustration pour un salaire de 2 500 euros brut par mois, avec 12 mois travaillés sur les 24 mois de la période de référence : SJR = 30 000 euros / 730 jours = 41,10 euros. Formule 1 : (40,4 % × 41,10) + 12,47 = 16,60 + 12,47 = 29,07 euros. Formule 2 : 57 % × 41,10 = 23,43 euros. La formule 1 donne le résultat le plus élevé (29,07 euros) mais est inférieure au plancher de 31,59 euros, donc l'allocation sera de 31,59 euros par jour, soit environ 948 euros par mois (pour un mois de 30 jours). Ce chiffre illustre l'effet du calcul issu de la réforme de 2021 sur les parcours fragmentés : la division par les jours calendaires fait tomber l'allocation sous le plancher, qui devient alors le seul montant applicable. À salaire égal mais avec 24 mois travaillés sans interruption, le SJR doublerait, à 82,19 euros, et l'allocation journalière atteindrait 46,85 euros.
Simuler ses droits en amont
France Travail met à disposition un simulateur en ligne (sur francetravail.fr) qui permet d'estimer vos droits à l'ARE avant même de perdre votre emploi. Ce simulateur prend en compte votre salaire, votre ancienneté et votre situation personnelle. Faire cette simulation avant une rupture conventionnelle ou avant la fin d'un CDD permet de planifier sereinement la transition. N'attendez pas d'être au chômage pour comprendre vos droits : connaître le montant attendu bien en amont permet de mieux gérer la période sans emploi.
La durée, plafonnée selon l'âge
La durée d'indemnisation est égale à la durée d'affiliation (les jours travaillés sur la période de référence), dans la limite d'un plafond selon l'âge. Pour les moins de 53 ans : durée maximale de 18 mois (730 jours). Pour les 53-54 ans : durée maximale de 22,5 mois (913 jours). Pour les 55 ans et plus : durée maximale de 27 mois (1 095 jours). Ces durées ont été réduites dans la réforme de 2023 par rapport aux règles précédentes (qui prévoyaient jusqu'à 24 mois pour les moins de 53 ans et 36 mois pour les 55 ans et plus).
Si vous retrouvez un emploi avant d'avoir épuisé vos droits, les droits non consommés sont "mis en réserve" et peuvent être réouverts dans certaines conditions lors d'une prochaine perte d'emploi. Ce mécanisme s'appelle la "rechargement des droits" : pour y prétendre, il faut avoir retravaillé au moins 6 mois depuis la dernière ouverture de droits.
Cumul ARE et emploi
Reprendre un emploi partiel ne fait pas perdre l'allocation : elle est réduite selon une règle précise, et les droits non consommés sont reportés. En cas de reprise d'emploi à temps partiel (ou de cumul de plusieurs emplois) pendant la période de chômage, l'ARE est maintenue partiellement. Le calcul : France Travail soustrait 70 % des revenus bruts du mois de l'activité de l'ARE totale théorique du mois. Si le résultat est positif, vous recevez ce montant d'ARE en plus de votre salaire. Si le total (salaire + ARE restante) dépasse 115 % de l'ancien salaire de référence, l'ARE est supprimée pour ce mois.
La création d'entreprise pendant le chômage est également compatible avec le maintien de l'ARE pendant une durée limitée (sous conditions de ressources). France Travail propose le dispositif ARCE (Aide à la Reprise ou à la Création d'Entreprise) qui convertit une partie des droits restants en capital versé en deux fois. Cette option vaut la peine d'être étudiée par ceux qui souhaitent créer une entreprise pendant leur chômage plutôt que de recevoir l'ARE mensuelle.
Les délais de carence
Le premier versement de l'ARE ne se fait pas immédiatement après l'inscription à France Travail. Plusieurs délais s'appliquent. Un délai de carence légal de 7 jours est automatique : aucune allocation n'est versée pour les 7 premiers jours de chômage après l'inscription. Un différé d'indemnisation "spécifique" s'ajoute si vous avez reçu des indemnités de départ supérieures au minimum légal (indemnités supra-légales, indemnités conventionnelles majorées) : ce différé est calculé en divisant le montant de ces indemnités supplémentaires par 98,88 euros (le double du salaire minimum journalier), dans la limite de 150 jours.
Pour une rupture conventionnelle avec une indemnité de 20 000 euros (dont 15 000 euros d'indemnités conventionnelles supra-légales) : différé spécifique = 15 000 / 98,88 = 151 jours, soit environ 5 mois de délai avant le premier versement. Ce différé peut être conséquent et doit être anticipé financièrement, notamment lors de la négociation d'une rupture conventionnelle où l'on aura tendance à maximiser l'indemnité sans penser à l'impact sur le délai de carence.
Lire aussi : Micro-entrepreneur en 2025 et Épargne salariale : PEE et PERCOL.
Peut-on toucher le chômage après une démission ?
En règle générale, non. La démission est un départ volontaire et n'ouvre pas droit à l'ARE. Il existe des exceptions : démission "légitime" (déménagement pour suivre son conjoint, harcèlement moral attesté, non-paiement du salaire...), démission pour projet de reconversion professionnelle (avec un projet validé par une Commission Paritaire Interprofessionnelle Régionale), et depuis 2024, démission après 5 ans d'affiliation avec moins de 5 ans d'ancienneté dans le dernier poste. Ces exceptions sont encadrées et nécessitent des justificatifs spécifiques. En cas de doute, consultez un conseiller France Travail avant de démissionner.
L'ARE est-elle imposable ?
Oui, l'ARE est soumise à l'impôt sur le revenu. Elle est déclarée comme revenu de remplacement et intégrée aux autres revenus du foyer fiscal. France Travail envoie chaque année en début d'année le montant total d'ARE perçu l'année précédente, qui doit être intégré dans la déclaration de revenus (il est normalement prérempli). L'ARE est également soumise à la CSG à 6,2 % et à la CRDS à 0,5 % (à taux réduit, contre 9,7 % pour les revenus d'activité). Ces prélèvements sont retenus à la source sur chaque versement.
Que se passe-t-il si on refuse un emploi proposé par France Travail ?
France Travail peut proposer des Offres Raisonnables d'Emploi (ORE) correspondant à la formation et aux compétences du demandeur. Refuser deux fois une ORE sans motif légitime peut entraîner la radiation de France Travail et la suppression de l'ARE. Cependant, une ORE doit respecter certains critères (compatibilité avec les qualifications, rémunération raisonnable, localisation accessible) et vous pouvez refuser un poste avec des conditions clairement dégradées par rapport à votre emploi précédent. Ces règles sont appliquées avec pragmatisme dans la grande majorité des situations réelles.
Les règles d'indemnisation chômage sont complexes et ont évolué régulièrement. La meilleure approche est d'utiliser le simulateur officiel de France Travail dès que vous anticipez une perte d'emploi, et de consulter un conseiller France Travail pour les situations particulières. Connaître ses droits à l'avance permet d'aborder la période de transition avec moins de stress et de mieux négocier les modalités de départ quand c'est possible.