Aides auditives, ce que rembourse vraiment votre mutuelle
Publié le 7 mars 2024, mis à jour le 20 septembre 2026, par la rédaction
Pour un adulte de 20 ans ou plus, l'Assurance maladie rembourse 60 % d'une base de 400 euros par oreille, soit 240 euros, quelle que soit la classe de l'appareil. Le reste dépend du contrat de complémentaire. Sur un appareil de classe I, plafonné à 950 euros par oreille, un contrat responsable doit couvrir l'intégralité du solde et le reste à charge est nul. Sur un appareil de classe II, vendu à prix libre, le même contrat responsable ne peut pas rembourser plus de 1 700 euros par oreille, part de la Sécurité sociale comprise. Au-delà, la différence est pour le patient.
Au sommaire
- Ce que la Sécurité sociale paie et ce qu'elle laisse
- La classe I ne coûte rien et n'est pas une gamme au rabais
- La classe II se rembourse dans la limite de 1 700 euros
- Décoder son tableau de garanties
- Les frais que le forfait ne couvre pas
- Renouvellement essai et garantie de quatre ans
- Quand changer de complémentaire vaut le coup
Ce que la Sécurité sociale paie et ce qu'elle laisse
La base de remboursement d'une aide auditive est fixée à 400 euros par oreille pour un assuré de 20 ans ou plus. Le taux de prise en charge est de 60 %, ce qui donne 240 euros par oreille versés par l'Assurance maladie, soit 480 euros pour un appareillage des deux oreilles. Il ne bouge pas selon la classe, dès lors que le prix dépasse la base ; en dessous, le remboursement est limité à la dépense engagée.
Le calcul change pour les moins de 20 ans et pour les personnes atteintes de cécité. La base passe à 1 400 euros par oreille, et le prix de vente de la classe I est lui aussi plafonné à 1 400 euros, ce qui aboutit là encore à un reste à charge nul sur cette classe.
La prescription conditionne tout le reste. Depuis l'ouverture du droit de prescrire aux généralistes formés en otologie médicale, une première prescription peut venir d'un médecin ORL ou d'un généraliste ayant suivi cette formation, pour les patients de plus de 6 ans. À 6 ans et moins, la primo-prescription reste réservée à un ORL titulaire d'une formation complémentaire, et le renouvellement à un ORL. Au-delà de 6 ans, le renouvellement peut être signé par tout médecin.
Cette répartition change au 1er janvier 2027. Le décret n° 2026-810 du 21 août 2026 relève de 40-50 % à 50-60 % la fourchette du ticket modérateur applicable aux produits inscrits sur la liste des produits et prestations, dont font partie les aides auditives, au 8° de l'article R160-5 du code de la sécurité sociale. Le taux exact reste fixé par l'Union nationale des caisses d'assurance maladie à l'intérieur de cette fourchette. Si le ticket modérateur passe de 40 à 50 %, la part de l'Assurance maladie tombera de 240 à 200 euros par oreille et le solde basculera sur les complémentaires. Le reste à charge nul de la classe I n'est pas remis en cause, puisqu'un contrat responsable doit couvrir la totalité du ticket modérateur. En classe II, tout dépendra de la rédaction du contrat, selon que la garantie s'entend part obligatoire comprise ou en complément de celle-ci. Les personnes en affection de longue durée et les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire sont explicitement préservées.
La classe I ne coûte rien et n'est pas une gamme au rabais
La classe I correspond à l'offre 100 % Santé. Le prix de vente est plafonné par arrêté à 950 euros par oreille pour un adulte, l'Assurance maladie en verse 240, et un contrat de complémentaire dit responsable, ce qu'est la très grande majorité des contrats vendus en France, est tenu de payer les 710 euros restants. Le tiers payant dispense d'avancer ces sommes, sur présentation de la carte Vitale et sous réserve que l'audioprothésiste soit relié à la complémentaire.
Ces appareils répondent à un cahier des charges fixé par l'arrêté du 14 novembre 2018. Il impose au moins douze canaux de réglage, huit seulement si l'appareil compense par une directivité microphonique adaptative, un réducteur de bruit impulsionnel et cinq options, une amplification d'au moins 30 décibels et trois options prises dans une liste réglementaire où figurent le générateur de bruit anti-acouphène, la connectivité sans fil, la synchronisation binaurale et la bande passante élargie d'au moins 6 000 hertz. Le même arrêté oblige l'audioprothésiste à proposer une aide de classe I pour chaque oreille à appareiller, dont au moins un modèle équipé d'une bobine d'induction pour se raccorder aux boucles magnétiques des lieux publics.
La classe II se rembourse dans la limite de 1 700 euros
La classe II regroupe les appareils à prix libre. Aucun plafond de vente ne s'applique, mais un plafond de remboursement existe. L'article R871-2 du code de la sécurité sociale interdit à un contrat responsable de prendre en charge plus de 1 700 euros par aide auditive, part obligatoire comprise, et par période de quatre ans. Une garantie annoncée à 2 000 euros par oreille ne versera donc jamais plus que ce plafond légal.
Concrètement, sur un appareil de classe II facturé 1 900 euros l'oreille, l'Assurance maladie verse 240 euros. Même avec la meilleure garantie du marché, la complémentaire s'arrête à 1 460 euros pour atteindre le plafond de 1 700. Il reste 200 euros par oreille, 400 euros pour les deux. Avec une garantie plus courante, à 300 % de la base de remboursement, le remboursement total tombe à 1 200 euros et le reste à charge grimpe à 700 euros par oreille.
Décoder son tableau de garanties
Les contrats expriment la garantie auditive de trois façons, et la confusion entre elles coûte cher au moment du devis. La plus répandue est le pourcentage de la base de remboursement. Comme la base vaut 400 euros, une ligne à 300 % signifie 1 200 euros de remboursement total par oreille, part de la Sécurité sociale incluse, donc 960 euros versés par la complémentaire.
La deuxième forme est le forfait en euros, du type 900 euros par oreille et par période de quatre ans. La lecture est directe, mais il faut vérifier si la somme s'entend Sécurité sociale comprise, ce que la plupart des contrats précisent en petits caractères. La troisième forme rapporte la garantie au plafond mensuel de la sécurité sociale, fixé à 4 005 euros pour 2026 par l'arrêté du 22 décembre 2025. Une ligne à 40 % du plafond représente donc 1 602 euros cette année, et ce montant est réexaminé chaque janvier.
Les frais que le forfait ne couvre pas
Le prix d'un appareil, quelle que soit sa classe, comprend l'adaptation, les réglages et le suivi pendant toute la durée de vie de l'équipement. Ce point est réglementaire et vaut la peine d'être rappelé à un audioprothésiste qui facturerait les rendez-vous de contrôle. La première année, trois séances de contrôle sont prévues, au troisième, au sixième et au douzième mois, puis deux visites par an sont recommandées.
Les piles sont prises en charge à part, sur la liste des produits et prestations remboursables, à hauteur de trois à dix paquets de six piles par an selon la capacité de l'appareil, et remboursées à 60 %. Les accumulateurs des appareils rechargeables suivent leur propre régime. Les accessoires de confort, micro déporté ou boîtier de connexion téléphonique, restent le plus souvent à la charge du patient, sauf garantie spécifique du contrat.
Le devis d'audioprothèse suit un modèle obligatoire, fixé par l'arrêté du 29 août 2019. Il fait apparaître au moins une offre 100 % Santé, la marque et le modèle de chaque appareil proposé, le prix de tous les appareils, les conditions de garantie, la période d'essai, les prestations de suivi, le numéro ADELI du professionnel et une durée de validité d'au moins deux mois. Un document qui globalise appareil et prestations en une ligne n'est pas conforme et mérite d'être renvoyé avant signature.
Renouvellement essai et garantie de quatre ans
Le droit à un nouveau remboursement s'ouvre quatre ans après le précédent, appareil par appareil et non par paire. Cette périodicité est la même pour l'Assurance maladie et pour le plafond du contrat responsable, ce qui évite les mauvaises surprises quand une oreille a été appareillée un an après l'autre.
Avant l'achat, l'essai est obligatoire et dure au minimum trente jours, portés à quarante-cinq sur demande écrite du prescripteur quand plusieurs solutions thérapeutiques se discutent. Il se fait avec l'appareil réellement choisi, réglé à votre audiogramme, sans engagement d'achat. La garantie du fabricant est d'au moins quatre ans, alignée sur le délai de renouvellement, et couvre les pannes liées à un usage normal. Écourter cet essai pour gagner du temps revient à se priver du seul moment où l'on peut comparer deux modèles dans sa propre vie quotidienne.
Quand changer de complémentaire vaut le coup
Si vous partez sur la classe I, le niveau de garantie auditive de votre contrat n'a aucune importance, puisque la prise en charge intégrale est imposée à tous les contrats responsables. Changer de mutuelle pour cette raison n'apporte rien.
Le calcul devient différent en classe II. Sur un appareil facturé au moins 1 600 euros, l'écart entre une garantie à 200 % et une garantie à 400 % de la base représente 800 euros par oreille, soit 1 600 euros sur un appareillage bilatéral, à comparer au surcoût de cotisation sur les mois qui séparent la souscription de l'achat. Beaucoup de contrats appliquent un délai d'attente sur le poste auditif, indiqué dans les conditions générales, si bien qu'un renfort souscrit la veille du devis peut ne rien changer. Pour arbitrer, il faut mettre côte à côte la ligne auditive, le délai d'attente et la cotisation, ce que permet de comparer les garanties auditives des complémentaires santé avant de s'engager. Depuis la résiliation infra-annuelle, un contrat de plus d'un an se résilie à tout moment, avec un préavis d'un mois. Les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire, eux, n'ont pas cet arbitrage à faire, la classe I leur étant prise en charge intégralement avec dispense totale d'avance de frais.
Voyez aussi, dans nos pages, ce que rembourse une surcomplémentaire hospitalisation et les mutuelles en ligne à effet immédiat.
Peut-on cumuler une surcomplémentaire pour dépasser les 1 700 euros ?
Le plafond de 1 700 euros s'impose aux contrats responsables. Une garantie qui irait au-delà perdrait ce statut et les avantages fiscaux et sociaux associés, ce qui explique que très peu de contrats grand public le proposent. Un contrat non responsable peut théoriquement rembourser davantage, mais il coûte plus cher et se rencontre rarement.
Faut-il appareiller les deux oreilles pour être remboursé ?
Non. La prise en charge se calcule oreille par oreille, sur prescription. L'appareillage bilatéral est fréquent parce que la perte auditive touche souvent les deux côtés, mais un appareillage unilatéral ouvre les mêmes droits pour l'oreille concernée.
Que se passe-t-il si l'appareil ne convient pas après l'essai ?
L'essai d'au moins trente jours précède la vente. Tant que vous n'avez pas signé le bon de commande définitif, vous pouvez rendre l'appareil et en essayer un autre, ou renoncer. Aucun remboursement n'est engagé pendant cette période.
Un audioprothésiste peut-il refuser de proposer la classe I ?
Non. L'obligation de présenter au moins une offre de classe I par oreille dans le devis fait partie du dispositif 100 % Santé. Un professionnel qui s'y soustrait peut être signalé à la caisse primaire d'assurance maladie et à la direction départementale de la protection des populations.
Sources
- Assurance maladie, « Aides auditives : quelle prise en charge ? » (mis à jour le 20 février 2026), prescription, base de 400 € et 1 400 €, taux de 60 %, plafond de 950 €, essai de 30 jours, garantie et renouvellement de 4 ans, contrôles à 3, 6 et 12 mois, piles : ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/soins-protheses-dentaires-optique-audition/protheses-auditives
- Code de la sécurité sociale, article R871-2, contrats responsables, prise en charge intégrale des équipements 100 % Santé et plafond de 1 700 € par aide auditive de classe II, part obligatoire comprise, par période de quatre ans : legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038035521
- Arrêté du 14 novembre 2018 modifiant la prise en charge des aides auditives au chapitre 3 du titre II de la liste des produits et prestations, article 1er, cahier des charges de la classe I (12 canaux, 30 dB, trois options de la liste A), essai de 30 jours prolongeable à 45, garantie de 4 ans, prestations de suivi, obligation de proposer une classe I par oreille : legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000037615115
- Assurance maladie, « Audioprothésistes : le devis normalisé » (mis à jour le 16 février 2023), modèle fixé par l'arrêté du 29 août 2019 publié au Journal officiel du 6 septembre 2019, mentions obligatoires et validité de deux mois : ameli.fr/professionnel-de-la-lpplatm/exercice-professionnel/vie-professionnelle/competences-obligations/audioprothesistes-devis-normalise
- Décret n° 2026-810 du 21 août 2026 relatif à la soutenabilité du système de santé et à la prise en charge de certains dispositifs médicaux, Journal officiel du 22 août 2026, relèvement au 1er janvier 2027 des taux de participation de l'assuré du 8° de l'article R160-5 du code de la sécurité sociale de 40 et 50 % à 50 et 60 % : legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054733591
- Arrêté du 22 décembre 2025 portant fixation du plafond de la sécurité sociale pour 2026, plafond mensuel de 4 005 € : legifrance.gouv.fr