Retraite progressive : conditions et calcul
Publié le 2 octobre 2026, par la rédaction
Le verrou de la retraite progressive n'est ni l'âge ni la durée de cotisation : c'est l'accord de l'employeur pour le passage à temps partiel. Sans lui, le dispositif reste théorique, quelles que soient vos conditions par ailleurs. C'est le point qu'aucun simulateur ne calcule, et c'est par là qu'il faut commencer, avant même de regarder ce que la pension partielle représenterait sur votre feuille de paie.
Au sommaire
Le principe de la retraite progressive
La retraite progressive permet de toucher simultanément un salaire à temps partiel et une fraction de sa pension de retraite, sans avoir encore liquidé définitivement sa retraite. La fraction de pension versée est proportionnelle à la réduction du temps de travail : si vous passez à 60 % de temps partiel (vous ne travaillez plus qu'à 60 % de votre ancien temps plein), vous touchez 40 % de la pension à laquelle vous auriez droit si vous partiez à la retraite complète au même moment.
La retraite progressive n'est pas une liquidation définitive de la retraite : votre carrière continue à se constituer pendant la période de temps partiel (vous continuez à cotiser à la retraite sur votre salaire à temps partiel), et vos droits définitifs sont calculés au moment où vous choisissez de liquider définitivement votre retraite. Ce mécanisme permet de cumuler revenus d'activité réduits et début de pension, tout en continuant à améliorer (légèrement) ses droits à la retraite définitive.
Un exemple concret
Un salarié de 62 ans avec 38 ans de cotisation qui gagnait 3 000 euros brut en temps plein passe en retraite progressive à 50 % de temps partiel. Il touche un salaire de 1 500 euros brut. Sa pension calculée au moment de la mise en retraite progressive est de 1 800 euros brut par mois. Il touchera 50 % de cette pension (puisqu'il travaille à 50 %) soit 900 euros. Son revenu total : 1 500 + 900 = 2 400 euros brut par mois, contre 3 000 euros en temps plein. Il continue à cotiser sur les 1 500 euros et à améliorer ses droits définitifs.
Les conditions d'accès
Pour bénéficier de la retraite progressive depuis la réforme des retraites de 2023 (applicable depuis le 1er septembre 2023), les conditions sont : avoir au moins 60 ans (contre 62 ans avant la réforme de 2023, qui avait initialement voulu le porter à 62 ans aussi pour la retraite progressive), avoir validé au moins 150 trimestres de cotisation tous régimes confondus (37,5 ans de cotisation), et exercer une activité à temps partiel représentant entre 40 % et 80 % d'un temps plein (la fraction complémentaire de pension est donc de 20 à 60 % selon la fraction de temps partiel).
La demande de retraite progressive se fait auprès de la caisse de retraite principale (CNAV pour les salariés du secteur privé, AGIRC-ARRCO pour la retraite complémentaire). Les deux caisses doivent être saisies simultanément. La demande doit être accompagnée de l'accord de l'employeur sur le passage à temps partiel (formalisé dans un avenant au contrat de travail). Le délai de traitement par les caisses est généralement de 2 à 4 mois : anticipez votre demande d'au moins 4 mois avant la date de début souhaitée.
Comment est calculée la pension partielle
La fraction de pension versée pendant la retraite progressive est calculée en deux étapes. Première étape : calcul de la pension hypothétique totale à laquelle vous auriez droit si vous liquidiez définitivement votre retraite à la date de la demande, avec les trimestres cotisés jusqu'à ce jour. C'est une "simulation" de votre pension actuelle. Deuxième étape : application du pourcentage correspondant à votre réduction d'activité. Si vous passez à 40 % de temps partiel (réduction de 60 %), vous touchez 60 % de la pension hypothétique calculée à l'étape 1.
La pension hypothétique peut inclure un coefficient de minoration (décote) si vous n'avez pas encore atteint le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein. Exemple : si à 62 ans vous avez 155 trimestres cotisés et qu'il en faut 170 pour le taux plein (selon votre année de naissance), votre pension hypothétique est calculée avec une décote. La pension progressive sera donc plus faible. L'intérêt financier de la retraite progressive varie donc selon votre situation ; une simulation auprès de votre caisse de retraite est indispensable avant de décider.
Utiliser le service Info Retraite pour simuler
Le site info-retraite.fr (service officiel de l'État) permet de simuler votre retraite future et, via l'outil "Ma Retraite" (accessible avec votre identifiant France Connect), de connaître vos trimestres cotisés et vos droits estimés à différents âges. Ces simulations sont indispensables pour évaluer l'intérêt financier de la retraite progressive dans votre situation. N'hésitez pas à contacter directement votre caisse de retraite pour une simulation personnalisée : ce service est gratuit et les conseillers peuvent calculer précisément le montant de votre pension progressive selon différents scénarios.
Vous continuez à cotiser, et la pension finale s'en ressent
Pendant la période de retraite progressive, vous continuez à cotiser à la retraite sur votre salaire à temps partiel. Ces cotisations génèrent des trimestres supplémentaires et des points de retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO). Cependant, vous cotisez moins qu'en temps plein (proportionnellement au salaire réduit), donc l'acquisition de droits est moins rapide. Si vous continuez en retraite progressive pendant 3 ans (de 62 à 65 ans, par exemple), vous aurez acquis des trimestres supplémentaires qui amélioreront légèrement votre pension définitive lors de la liquidation à 65 ans.
La liquidation définitive de la retraite peut intervenir à tout moment pendant la période de retraite progressive, quand vous décidez d'arrêter complètement de travailler. À ce moment, une nouvelle liquidation est effectuée avec l'ensemble des trimestres cotisés (y compris ceux cotisés pendant la période de retraite progressive), et la pension définitive remplace la fraction de pension progressive. Il n'y a pas de pénalité à avoir bénéficié de la retraite progressive : c'est un droit, pas un avantage exceptionnel.
L'accord de l'employeur, le vrai verrou
L'accord de l'employeur pour le passage à temps partiel est une condition nécessaire à la retraite progressive. Un employeur peut refuser le passage à temps partiel en retraite progressive si les besoins du service ou du poste le justifient. Ce refus doit être motivé et peut être contesté devant le conseil des prud'hommes. En pratique, la plupart des employeurs acceptent, notamment parce que la retraite progressive facilite la transition et la transmission des savoir-faire à des collègues plus jeunes.
La négociation avec l'employeur sur les modalités du temps partiel (quel jour de repos, quelle organisation hebdomadaire) est importante. Un temps partiel bien organisé (par exemple, 3 jours par semaine) peut convenir à la fois au salarié et à l'entreprise mieux qu'un temps partiel non structuré. La retraite progressive peut aussi être une occasion d'aménager le poste de travail si des questions de santé ou de conditions de travail difficiles motivent la réduction d'activité.
La retraite progressive pour les travailleurs non salariés
La retraite progressive a été étendue aux travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales) depuis 2022. Pour les TNS (travailleurs non salariés), le principe est similaire : réduire les revenus d'activité entre 40 % et 80 % du niveau habituel (sur la base des revenus des 3 dernières années) et percevoir en contrepartie une fraction de pension. La vérification de la réduction de revenus est plus complexe pour les indépendants (sur la base des revenus déclarés) et la mise en oeuvre pratique varie selon les régimes (CIPAV, Sécurité Sociale des Indépendants). Consultez votre caisse de retraite spécifique pour les modalités applicables à votre régime.
Pour les auto-entrepreneurs (micro-entrepreneurs), la retraite progressive est applicable depuis 2022 également. La réduction d'activité est constatée par la réduction du chiffre d'affaires déclaré. Les micro-entrepreneurs à la retraite progressive continuent à cotiser à la retraite sur leur chiffre d'affaires réduit, dans les mêmes proportions que les autres travailleurs de leur régime.
Lire aussi : Épargne salariale et PER et Calcul des indemnités chômage.
La retraite progressive est-elle cumulable avec l'épargne retraite ?
Oui, la retraite progressive n'empêche pas de continuer à alimenter un PER individuel ou collectif. Cependant, comme vous êtes encore en activité, vous bénéficiez toujours de la déductibilité des versements du PER de votre revenu imposable (dans les limites habituelles). Les versements versés pendant la retraite progressive continuent à capitaliser jusqu'à la liquidation définitive du PER, qui peut intervenir au moment de la liquidation de la retraite définitive ou ultérieurement.
La retraite progressive affecte-t-elle les droits à la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO ?
Oui, les points AGIRC-ARRCO continuent à s'accumuler pendant la retraite progressive (sur la base du salaire à temps partiel), ce qui améliore légèrement la retraite complémentaire définitive. La fraction de pension complémentaire versée pendant la retraite progressive est calculée de la même façon que la pension de base : proportionnellement à la réduction d'activité. AGIRC-ARRCO verse directement sa fraction de pension complémentaire, indépendamment de la CNAV qui verse la fraction de pension de base.
Peut-on changer le taux de temps partiel en cours de retraite progressive ?
Oui, il est possible de modifier le taux de temps partiel en cours de retraite progressive (par exemple, passer de 60 % à 50 % de temps partiel). Chaque modification nécessite un nouvel accord avec l'employeur, un avenant au contrat de travail, et une notification aux caisses de retraite. La nouvelle fraction de pension est recalculée à chaque modification. Ces révisions permettent d'adapter progressivement la transition vers la retraite complète selon l'évolution de la situation personnelle et professionnelle.
La retraite progressive est un dispositif qui mérite d'être connu de tous les salariés approchant des 60 ans. Elle offre une transition douce entre l'activité à temps plein et la retraite complète, avec des avantages financiers et personnels réels. L'information et la simulation préalable auprès des caisses de retraite sont indispensables pour évaluer si ce dispositif est pertinent dans votre situation spécifique.